DICKENS
ou
Le père absent
Sommaire
1. Oliver Twist ou le retour vers la maison du père
2. David Copperfield ou les usurpateurs
3. Les grandes espérances ou les noces interdites
OLIVER TWIST
ou
Le retour vers la maison du Père
Les notes renvoient au texte original
Oliver Twist inaugure une série d'ouvrages d'Europe occidentale fondée sur la découverte, par le personnage principal, de son identité. La dernière partie du roman, les retrouvailles du héros éponyme avec sa tante et l'ami de son père est totalement romanesque au mauvais sens du terme et contraste avec la volonté réaliste de l'auteur. Dickens pouvait-il mélanger un plaidoyer en faveur l'enfance maltraitée et une fin de conte de fée? N'était-ce pas, soit affadir son propos et prendre le risque de discréditer son témoignage, soit a contrario donner une dimension si sombre au début du roman que son dénouement ne pouvait que faire sourire par sa simplicité et sa naïveté? Pourtant Oliver Twist fonctionne comme un vrai roman, peut-être justement parce que le témoignage s'enrichit d'une lecture presque mythique qui se superpose à
l'aspect proprement romanesque.
LA PERTE DE L’HUMANITE (note 1)
Malgré d'apparentes vicissitudes, l’itinéraire d'Oliver est une ascension. Orphelin sans nom et issu vraisemblablement de parents misérables au début du roman, il va retrouver son identité et une ascendance respectable si l'on utilise les critères (et les préjugés de l'époque victorienne). Oliver naît dans un milieu où la faim, la crasse (p. 28, n. 2 ) et même le cannibalisme (p.37,n.3), sont règles communes. Ensuite il deviendra si proche de la mort en tant qu'employé des pompes funèbres que son lit aura "l'air d'un tombeau" (p.57,n.4) et qu'il dormira au milieu des cercueils. Même cette assimilation à la mort est plus honorable que la réduction à l état animal des personnes qu'il côtoie (p.65,n.5):"Oliver n'osait regarder ni la femme, ni l'homme, tant ils ressemblaient aux rats qu'il avait vus dehors", animaux dont le narrateur dit ( p.64, n.6 ) : "Les rats mêmes, dont les cadavres pourrissaient çà et là dans cette infection, étaient hideux de famine".
La misère prend un aspect symbolique avec cette femme (p.65, n.7 ) qui meurt dans le noir, car l’argent manque pour payer un feu ou une chandelle. La lumière , droit naturel des êtres, lui est refusée. On peut dire qu’au début du roman O1iver est dépourvu de tout : ni origine, ni dignité, ni droits fondamentaux. Quelque soit la véracité de cette description au XIXème siècle, sa portée est également symbolique. Le choix des éléments : la lumière, les rats, les cercueils...le montre, mais également la mention (p.194,n.8) que le jeune garçon,sache lire: il "prit le livre que lui avait laissé le juif, et commença à lire". Ceci contraste avec la description qui est faite de l’orphelinat. Dickens a volontairement montré les points les plus horribles de la condition des orphelins, non par voyeurisme, mais pour respecter l'évolution symbolique de son personnage.
AUX FRONTIERES DE LA MAISON DU PERE
Bizarrement, avec les voleurs, La situation de notre héros va sensiblement s'améliorer. Il mange à sa faim: du jambon et des petits pains (p.86, n.9), Fagin l'envoie se laver (p.94,n.10 ) et il reçoit des chaussures neuves (p.192, n. 11 ) .
D'autre part, si M. Bumble et Mme Mann, personnel de l’orphelinat doivent faire office de parents de substitution, jamais Dickens n'utilise ce terme ou une expression synonyme. Par contre, les voleurs sont, non seulement présentés comme une famille, mais plusieurs fois un des membres de la confrérie se fait passer pour un parent d'Oliver. Nancy devient la fausse sœur du héros après la première rencontre avec M. Browlow. Sikes se fait passer pour son père et le baptise du nom de Ned, ce qui est le propre des parents (p.149,n. 12).
Enfin, si l'orphelinat est décrit comme un lieu misérable et sordide, la description de la maison de Fagin est plus ambiguë (p.174, n. 13 ) : "C'était un endroit fort sale. Les pièces du haut avaient de hautes et vastes cheminées de bois, des portes à double battants, des murs lambrissés et des corniches au plafond; tout cela, bien que noirci par la poussière et l'abandon, s'ornait de décorations diverses. De tous ces signes, Oliver tira 1a conclusion que, bien longtemps auparavant, avant même la naissance du vieux juif , la maison avait dû appartenir à des gens de meilleure sorte, qu'elle avait peut-être été fort gaie et élégante, si sombre et lugubre qu'elle fût à présent". (Oliver Twist est l’héritier du Marchand de Venice au niveau de l’antisémitisme).
II s'agit d'une ruine d'une splendeur passée, mais encore perceptible, Dickens emploie le mot "wainscot"- "lambris" (n.14 ) . De même p.250, Stikes retrouve Toby dans une demeure tout en ruine (n.15). On sait la portée symbolique que recèlent les lieux dans la Littérature au XIXème. Le décor est un signe révélateur soit de la psychologie des personnages, soit de leur destin...Non seulement Ie niveau de vie d'Oliver s'est amélioré, non seulement notre héros acquiert une fausse famille. mais le groupe des voleurs se révè1e être les vestiges d'une splendeur passée. Il est évident que l'auteur n'agit pas par anticonformisme. Si l'on prend en considération le but du livre : la quête de ses origines, l'arrivée chez Fagin est déterminante. En effet 1'apprentissage de voleur à la tire révèle : son propre demi-frère.
LE THEME DU FRERE ENNEMI
L'évolution du Monk, surnom du demi-frère du héros, suit celle des lieux: de membre de l'honorable société anglaise, il déchoit à chef d'une bande de malfaiteurs. Son honorabilité est aussi en ruine que celle de la maison. Le surnom de l'adversaire d'Oliver rappelle bien sûr le roman de Lewis: The Monk dont le héros éponyme deviendra l’incarnation du diable Il terrorise Fagin qui n'est pas un modèle de vertu (p.242,n.16) :"...comme si, malgré tout son désir de voir la personne en question [...il était] soulagé de la savoir absente" et p.247, n.17 "Fagin avait l'air assez enclin à s'excuser de ne pouvoir faire entrer chez lui un visiteur... ". D'autre part, très étrangement vu sa nationalité anglaise, il a "le teint sombre de même que les cheveux et les yeux" et sur la gorge "une grande marque rouge comme une brûIure" ( p ,436 , n. 18 ) . Cette dernière évoque une âme damnée. Monk a un rapport avec le diable, car il tient ce rôle vis-à-vis de son frère. Il veut sa mort, et si possible, infamante. Mais le vrai responsable de cet acharnement contre Oliver est la mère de Monk. Que. représente l'apparition de cette femme assimilée au Mal? Il s'agit sans doute d'un vestige inconscient des premiers âges de la Chrétienté où la grande déesse des premières civilisations perdurant sous certaines divinités féminines était assimilée faussement au diable (cf. la sorcière blanche dans Narnia de C.S Lewis). Dickens précisera cette image de l'Adversaire qui est figure du Mal et opposant à la quête des origines du héros dans David Copperfield.
Oliver Twist
1 ) L'édition française est folio classique 1998; Ia référence des textes originaux, The Penguin english library 1966.
2) p.48-9
3) p.56
4) "look like a grave" p.75
5) p.82 ' Oliver was afraid to look at either her or the man. They seemed so like the rats he had seen outside. "
6) p.81 "The very rats, which here and they lay putrefying in the rottenness, were hideous with famine. "
7 ) p.82
8) p.196 "...and, takinq up the book which the Jew had left with him, began to read. "
9) p.101 "...a sufficiency of ready-dressed ham and a half-quatern loaf..."
10) p.109 "There's a pitcher of water in the corner by the door. Bring it here; and i'll give you a basin to wash in, my dear.
11) p.192 "When Oliver awoke in the morning, he was a good deal surprised to find that a new pair of shoes, with strong thick soles, had been placed at his bedside; and that his old shoes had been removed."
12) p.156 et p.204 "Yes; he's my boy [...] Here, take hold of my hand, Ned. "
13) p.178 "It was a very dirty place. The rooms upstairs had great high wooden chimmey-pieces and large doors, with panelled walls and cornices to the ceillings; which, although they were black with neglect dust, were ornamented in various ways. From all of these tokens OIiver concluded that a long time ago, before the old Jew was born, it had belonged to better people, and had perhaps been quite gay and handsome : dismal and dreary as it looked now."
14) p.244 "...pass along the wainscot... "
15) p.206 "...before a solitary house: aIl ruinous and decayed t...I The house was dark, dismantled. "
16) p.238 ". . .as tough, however desirous he might be to see the person in question, he was nevertheless relieved by his absence. "
17) p.242 " Fagin looked as if he could have willingly excused himself from taking home a visitor at that unseasonable hour, and, indeed, muttered something about having no fire. . . "
18) p.413 "His face is dark, like his hair and eyes;' and although he can't be more than six or eight and twenty, withered and haggard... "
"Abroad red mark, like a burn or scald?"
DAVID COPPERFIELD
OU
LES USURPATEURS
Peu de pères existent dans la littérature européenne du XIXème siècle et ils sont assez rarement décrits comme des tyrans domestiques qui viendraient conforter la thèse d'un œdipe latent dans ces consciences de papier. Il est assez caractéristique que le modèle de ce père, jaloux de son fils, rival,l'étouffant pour l'empêcher de devenir un adulte responsable est incarné par un beau-père: M. Murdstone.
MURDSTONE, LE SPOLIATEUR
La cruauté du beau-père de David a été interprétée psychanalytiquement comme étant issue du même mécanisme que celui de la belle-mère des contes de fée. Dans ce roman à la première personne, le narrateur aurait dissocié le personnage paternel en deux images: son père, d'autant plus bon et généreux qu'il est mort, et son beau-père rassemblant tous les aspects négatifs. Cette interprétation nous semble juste, mais également incomplète. En effet l'absence de père est une donnée omniprésente dans le roman. Traddles, Steerforth sont tous orphelins de père et le seul personnage qui en est doté est une fille : Agnès, ce qui symboliquement, nous le verrons, n’a pas le même sens dans l'Angleterre du XIXème siècle. D'autre part Ia figure de M. Murdstone est relayée par d'autres personnages (comme le directeur de Salem House...) aussi négatifs, ce qui lui donne une toute portée. Enfin la seule image paternelle est celle de M.Peggotty. La famille presque idéale qu'il a rassemblée sous son toit est totalement fausse. Madame Grummidge qui tient lieu de maîtresse de maison n'est qu'une pauvre veuve recueillie. (Il est à noter que M. Peggotty ne s'est pas marié avec l'épouse de son associé pour en prendre soin: ce qui ferait de leur foyer une vraie famille. ). De même les enfants sont deux neveux de parents différents eux-aussi recueillis. Aussi la seule famille digne de ce nom dans David Copperfield n'en est-elle pas une et les Peggotty sont-ils surtout un hymne à l'adoption. (Les Micawber ne peuvent tenir lieu de référence en raison de l'irresponsabilité du chef de famille et du peu d'importance des enfants dans le roman.)
Le beau-père de David est dès ses premières apparitions présenté comme un être particulièrement mauvais. Si la description faite par le narrateur de celui qui lui vole sa mère et exerce un autorité plus rude que celle de Peggotty peut pécher par manque d'obiectivité, le témoignage de la tante Betsy peut moins facilement être mis à caution. Malgré un préjugé contre ce garçon qu'est son neveu, Miss Trotwood n'hésite pas à déformer le nom de "Murdstone" en "Meurtrier". P. 226 "...elle se remarie. Elle épouse un Meurtrier... " (note 20). En passant du qualificatif au nom à majuscule, elle fait du mari de sa nièce par alliance, non seulement un meurtrier, mais le Meutrier par essence de tous les temps. D'autre part elle l'accuse d'avoir voulu voler l'héritage de David, mais l'on peut s'interroger sur la nature de celui-ci. En effet pourquoi les Murdstone laissent- ils à l'abandon la maison d'enfance du héros? P .361 (note 21) "Les nids déchiquetés que les freux avaient abandonnés depuis si longtemps déjà, avaient disparu. Les arbres élagués et taillés étaient méconnaissables. Le jardin était retourné à l'état sauvage. Presque toutes les fenêtres étaient closes. Elle était habitée par un pauvre fou et par ceux qui le gardaient. " Pourquoi cet acharnement contre David et sa mère alors que l'argent est déjà au beau-père dans les faits? Enfin quelle est la raison de la tristesse de Murdstone lors de la mort de sa femme et de son fils? Si la cruauté est évidente, une certaine ambiguïté demeure sur les buts à atteindre. La tante Betsy déclare à M. Murdstone en parlant de sa femme p. 244: "...voilà que vous commencez à la dresser, n'est-ce pas! Vous commencez à la mater, vous la mettez en cage, comme un pauvre oiseau, et, après l'avoir leurrée , vous la faites mourir à petit feu, en lui apprenant à chanter sur le même ton que vous?" (note 22). Lors de son premier voyage, la chambre de David sera réservée sous le nom de Murdstone et non sous celui de Copperfield. En outre le médecin qui nous renseigne page 920 sur le destin du beau-père du héros affirme (note 23) ". . .monsieur Murdstone élève un autel à sa propre image et l'appelle la divinité. " Ces trois éléments éclairent la description de son futur tuteur par David au début du roman. La dénonciation de l'aspect noir, de la cruauté de Murdstone n'est plus une réaction de jalousie à l'égard d'un beau-père un peu sévère, mais la mise en lumière des premiers éléments qui campent le personnage en image de Satan. Le diable est effectivement celui qui s'adore et qui ne pouvant créer par lui-même avilit les autres créatures et les oblige à lui ressembler.
L'héritage volé à David n'est pas seulement une rente et une maison, mais sa dignité de gentleman et surtout d'être humain. Non seulement la mort de sa mère oblige l'enfant à rejoindre les plus bas degrés de l'échelle sociale, mais nous assistons à une descente métaphorique dans la pyramide des espèces. Tout d'abord le règne animal: la mise d’un écriteau assimilant le garçon à un chien dans la pension Salem est renforcée par le traitement que lui infligent les employés de la diligence page 84 (note 65): "...un collier de cuivre autour du cou et de m'attacher dans l'écurie." Ensuite David poursuivra sa chute jusqu'aux végétaux, puisque dans l'usine où il travaillera un des ses compagnons portera un nom de légume (la traduction française est ‘’ fécule de pomme de terre ‘’ et son chef s ‘appelera ‘’M. Quinion’’). Sa misère morale et pécuniaire atteindra un sommet quand il deviendra un mendiant lors du voyage pour rejoindre sa tante.
L'itinéraire de David est une descente vers une absence de dignité. L'héritage volé par Murdstone est ce qui le différencie de l'animal, ce que les catholiques appelleraient l'image divine en l'Homme et ce que presque tout homme définirait comme l'humanité. Dans cet univers manichéen qu'est le roman de Dickens, si le beau-père représente le Diable, le père ne peut que symboliser Dieu.
Les premiers chapitres du roman peuvent être considérés comme une métaphore de la situation de l'Homme dans l'Histoire (c'est-à-dire après le péché originel) perçue par un européen du XIXème siècle. Si l'on part de cette hypothèse, la mort du père de David avant la naissance du héros est révélatrice de cette impression d'être orphelin que pourrait ressentir un européen dans ce monde où "Dieu est mort". Cette absence représente certes la rupture de la communion avec Dieu lors du péché originel, mais également l'ambiguïté de la distinction entre Dieu et Satan, comme nous le verrons dans la partie sur Baudelaire. La place libre du Père est alors occupée par cet usurpateur d'identité et de fonction qu'est l'Adversaire. Comme le montre l'étude du personnage de Murdstone, le but est d'arracher l'humanité (ou l'image divine) à l'Homme pour le réduire à un animal. Cela conduit à lui voler sa spécificité, son héritage, mais également à prendre la place du Père.
Plusieurs détails corroborent cette lecture. Tout d'abord un élément du décor rend compte de cette tentative d'usurpation. En effet pendant la période allant de la naissance du protagoniste au remariage de sa mère, la cour de la maison est décrite sous le signe du manque: page 19 (note 24), le pigeonnier est sans pigeon, la niche, sans chien. David compare les oies domestiques à des bêtes dangereuses: p.19"...comme un homme environné de bêtes féroces pourrait rêver de lions. " ( ". . .as a man environned by wild beasts might dream of lions. " p.14) . Ce qui aurait dû être un paradis sécurisant est présenté comme un univers saccagé et hostile. Quand M. Murdstone viendra "régner" sur la demeure, la niche aura comme occupant page 52 : "…la niche vide était maintenant remplie par un grand chien à la voix profonde et à la crinière noire [comme lui]; il devint furieux à ma vue et tenta de sauter sur moi. " (note 25 ) . La niche vide fait écho à l'absence de presque toute information sur le père de David.
D'autre part ce double de M. Murdstone qu'est sa sœur, censée être si rationnelle, a néanmoins une attitude étrange. Elle soupçonne les domestiques de tenir un homme caché quelque part dans la maison et ouvre souvent les portes pour le vérifier. Page 57, "La première chose remarquable que j'observai chez mademoiselle Murdstone, c'est qu'elle était constamment obsédée par le soupçon que Ies domestiques tenaient un homme caché quelque part dans la maison. Sous l'influence de cette illusion, elle plongeait dans la cave au charbon, aux heures les plus indues, et elle n'ouvrait presque jamais la porte d'un petit placard obscur sans la faire claquer brusquement, convaincue qu'elle tenait l'homme. " (note 26 ) . Dans cette relation en vase clos qu'est la nouvelle famille de David, il n'est pas étrange d'imaginer que cet homme caché et ceux qui l'aident sont la concrétisation dans le cerveau de mademoiselle Murdstone de ce qu'elle essaie d'oublier, de faire oublier, voire de refouler: D. Copperfield père. L'occultation systématique de tout ce qui ne constitue pas l'univers de Murdstone fait apparaître le père de David sous la forme d'un refoulement revenant modifié à la surface de la conscience.
Enfin, bien que M. Murdstone s'attache à usurper la place de ce dernier, il lui manque la paternité. Le demi-frère de David mourra, il est d'ailleurs présenté comme non viable. Comme le diable, Murdstone aimerait devenir créateur et père, comme lui, il ne peut ni donner la vie, ni faire accéder ceux qui l'adorent à l'humanité. C'est sans doute la cause de la tristesse du beau-père du héros à la mort de sa femme et de son fils. D'autre part lors de la mort de sa mère, David, confronté au tutorat de M. Murdstone, ne se plaindra pas de sa cruauté, mais de son indifférence. P. 172: "Je n'étais pas précisément maltraité. On ne me battait pas, je ne mourais pas de faim; mais les procédés qu'on avait pour moi ne se relâchaient jamais: on les appliquait systématiquement et sans colère. Les jours succédaient aux jours, les semaines aux semaines, les mois aux mois, et on me négligeait toujours froidement. " (note 30) Cette froideur calculée est certes une caractéristique plus raffinée du Mal que d'autres formes comme la violence, mais elle témoigne surtout de cette impossibilité à transmettre, à avoir un héritier .
Dans le roman, nous avons plusieurs autres images du diable: M. Creakle, Littimer (le valet de Steerforth)...mais les figures de Satan de la deuxième génération sont plus complexes qu'il ne paraît à une première lecture. P.226 David est comparé par sa tante à Caïn errant et misérable (note 31), Betsy Trotwood dissocie l'errance du meurtre: la première caractéristique du fratricide archétypale concernant David et la deuxième, son beau-père. Ce choix non conforme au texte biblique montre que la génération des enfants ne peut être mise sur le même plan que celle des parents. Steerfort et Uriah Heep sont certes des images du MaI, mais ils doivent également être considérés comme la génération des fils, ceux qui auraient dû être les héritiers. Cette nuance modifie l'approche que nous en avons.
STEERFORTH , L’ADOLESCENT ADULE
Le jeune condisciple de la maison Salem a un orgueil et un mépris des autres allant jusqu'au refus d'appartenir à la même espèce: les faibles ne sont plus des hommes et ils sont traités comme des animaux. P. 333: "Ces gens-là ! Sont-ils réellement des animaux, des mottes de terre, des êtres d'une espèce différente? [demande Rosa à James qui lui répond:]...nous leur ressemblons assez peu. Nous ne pouvons pas leur demander d'être aussi sensibles que nous. On ne peut les choquer ou les froisser très facilement. [rosa renchérit:] Il est si agréable de savoir qu'ils ne sentent pas la souffrance." (note 27). Steerfoth appartient à un milieu où il rivalise d'orgueil avec sa mère et Rosa, où autrui est traité comme un jouet (l'exemple d'Emily séduite abusée et abandonnée par le jeune homme le montre) ou un adorateur (p.335 "Mon fils était d'un naturel ardent, il était donc souhaitable de le confier à un homme qui fût à même de reconnaître sa supériorité et de s'incliner devant elle." (note 28). James détient une vision du monde proche de celle du diable.
Mais lui aussi n'est qu'un orphelin de père livré à lui-même. P. 363-4, "David, que n'ai-je eu, pendant ces vingt dernières années, un père judicieux ! [. . . I Je voudrais, de toute mon âme, avoir été mieux dirigé! [un peu plus loin] mais je te le répète, mon vieux, il aurait mieux valu pour moi (et pas seulement pour moi ) que j'eusse eu un père plein de fermeté et de bon sens! " (note 29). Or ni littimer, ni M. Creakle, ces deux figures de Satan, n'ont eu cette fonction paternelle. Steerforth est certes une image du diable et comme fils, une victime de son milieu, mais il est surtout la preuve que l'Adversaire ne peut, même dans le Mal, être père.
URIAH HEEP, LE BATARD
La seconde image de ce que nous appellerions les héritiers spirituels de Murdstone est Uriah Heep. Dickens le montre nettement: il s'agit d'une image du diable. P. 430, David le traite de démon d'espèce mesquine (note 32). Le rouge sous la forme de sang ou de feu est l'une de ses principales caractéristiques. Page 427, le narrateur a l’impression que le reflet rouge du feu convient au visage rusé du clerc et page 425, que son regard est incandescent (note 33). Mais surtout l'aspect physique d'Uriah: sa chevelure rousse, ses yeux rouge brun (note 34) semblables à deux "soleils rouges" (note 35) apparente le prétendant d'Agnès aux images d'Epinal du démon.
Mais la description s'affine en prenant deux voies: d'une part Uriah est souvent comparé à un animal. L'absence de cils et sourcils (note 36) et "les traces visqueuses" "comme en laisse un escargot" (note 37), son absence de sourire (note 37 ) l'assimilent aux reptiles symboles bibliques du diable, tout comme "les tortillements serpentins de sa gorge et de tout son corps" p. 424 (note 38). Il est également comparé à une grenouille et à un poisson (note 39), à un vautour et à un singe (note 40). Il est évident que ces qualificatifs reflètent, et un préjugé de classe sociale, et une jalousie à l'égard d'Agnès. Mais ils rappellent aussi d'une manière plus symbolique les différents dieux sous forme animale qui représentaient les anges chargés de veiller sur les cités et les peuples à titre local. Ils furent souvent assimilés à un obstacle au monothéisme et donc aux mauvais anges. En outre son lien analogique avec eux fait d'Uriah un animal en raison de son refus de l'image divine qui différencie l'humanité des autres espèces. D'autre part Uriah est assimilé à un mort (n'oublions pas que la mort est une conséquence du péché originel ): page 250 "une vraie main de squelette" (note 41 ) et page 257 ".. .quelle main visqueuse que la sienne! si on eût dit, à la voir, celle d'un spectre, le toucher confirmait bien cette impression! Je frottai ensuite ma main pour la réchauffer, et aussi pour effacer cette trace?" (note 42).
Uriah représente autant les conséquences du Mal que le Mal lui-même. Sa servilité lui a été inculquée dès l'enfance par ses parents et, semble-t-il, par une société hiérarchisée et cloisonnée. Mais son ambition et son désir d'épouser Agnès ne sont peut-être pas uniquement la résultante d'une revanche sociale. Une certaine équivoque entoure les conditions de son apprentissage chez M. Wickfield. Celui-ci se serait-il engagé à apprendre le métier au jeune homme sans lui laisser entrevoir une possibilité d'association, puisqu'il n'avait pas de successeur? (N'oublions pas que David lui-même se marie avec la fille du patron de l'étude dans laquelle il n'est qu'un stagiaire désargenté). Uriah semble être le seul employé de l’étude formé par un veuf sans fils. Aussi comment ce garçon, de onze ans lors de son entrée en fonction, n'aurait-il pas espéré devenir Ie successeur de celui qui l'avait presque recueilli et éduqué? (note 43).
Lors de leur première rencontre, cette idée vient spontanément à l'esprit de David: page 268 "...peut-être deviendrez-vous l'associé en affaires de monsieur Wickfield, l 'un de ces jours, dis- je pour me rendre agréable, et on verra Wickfield et Heep, ou bien Heep, successeur de Wickfield. "(toujours note 43). Comment en constatant la rigidité des classes sociales n'aurait-il pas couvé un ressentiment à I'égard de ce qui pouvait lui apparaître comme une injustice?
Les épousailles avec Agnès serait le symbole d'une reconnaissance sociale et Uriah n'utilise ni les mots "désir"ou "ambition", mais deux fois le mot "droit": page 640,' Si je dis que j'ai l'ambition de faire de votre Agnès mon Agnès, c'est que j'en ai autant le droit qu'un autre. J'en ai plus le droit qu'un autre!" (note 44). Le juriste qu'est Heep n'utilise pas à mauvais escient ce substantif et nous pouvons nous interroger sur la raison de cet emploi et peut-être trouver un élément de réponse dans l'étrange impression qu’éprouve David quand il pénètre pour la première fois dans le salon de l'avoué. Ne connaissant ni les liens de parenté ou de subordination existant entre les différentes personnes qu'il rencontre, il est surpris de ne pas voir le portrait de Heep au côté de ceux de monsieur et madame Wickfield et à la place de celui d'Agnès: "Je crois que je cherchais des yeux un portrait d'Uriah. " page 250 (note 45).(Cette impression qu'Uriah est le fils de famille est renforcée par le fait que ni lui, ni Agnès ne mangent avec M. Wickfield et David , (cf .p. 256).
Ce rôle d'héritier qu'Uriah revendique n'est pas en contradiction avec l'image du père d'Agnès. Ce veuf inconsolé a un nom qui évoque à l’oral la faiblesse « weak » et son portrait ne ressemble pas à celui d'un bourgeois juriste. L'avoué est peint tenant "des papiers attachés ensemble par un ruban rouge" page 250 (note 46). Ce portrait assez peu professionnel devient étonnant quand on se souvient que la seule mention d'un "ruban rouge" réside dans l'épisode Annie Strong-Jack Maldonne et est presque synonyme d'adultère. Page 279 (note 47), celui-ci reçoit de sa cousine "un objet couleur cerise" (nous apprendrons ultérieurement qu'il s'agit d'un ruban). Il est ainsi suggéré que l’avoué a commis un adultère et Uriah, en raison de sa place dans l’étude , pourrait très bien être le fils adultérin. Certes madame Heep ne paraît pas propre à susciter une liaison illégitime ! Mais Uriah, fils illégitime aurait très bien pu être confié à une famille modeste pour être élevé en attendant de prendre la place de stagiaire auprès de son père biologique. Cela expliquerait la certitude du garçon d’avoir le droit d’être le fils de M. Wickfield, quitte à épouser Agnès, quitte au risque de l’inceste. (Mais soit on le laisse épouser la demi-sœur et la faute en revient à M. Wickfield, soit on l’en empêche et on met à jour la filiation). Ainsi récupère-t-il ce qui est sa vraie place. Le personnage de M. Wickfield comporte des zones d'ombre ce qui est confirmé par son manque de décision. En effet, seul père (avec M.Creakle) du roman, il n'assume jamais ce rôle. Il ne propose pas à David de prendre sa succession et le narrateur ne le considère jamais comme un père comme il l'avait fait pour M. Mell ou dans une certaine mesure pour M. Peggotty.
A part ce dernier qui s'affirme clairement comme tuteur, aucun personnage ne peut remplir la fonction paternelle. Mais la plupart tentent d'en usurper le titre, comme les personnages de la génération suivante tentent de devenir des fils par le biais du mariage. La finalité, voire le but avoué, de nombre de liaisons ou de mariages est de devenir l'héritier d'un père. Ham en épousant EmiIy devient doublement le fils de M. Peggotty. David en se mariant avec Dora risque d'hériter de la charge de son patron. Uriah en convolant avec Agnès devient officiellement le fils de M.Wickfield et hérite légalement de ce qu'il a déjà escroqué. David, s'il épousait Emily (ce qu'il fait au travers de Steerforth) deviendrait le fils de ce modèle de père qu'est M. Peggotty. Son mariage avec Agnès ne lui apportant qu'une adoption avec celui qu'il ne peut considérer comme un substitut de père, cette union ne lui apparaîtra jamais comme une évidence. Il n'entre pas dans cette stratégie d'accaparement de la place de fils.
Les jeunes filles elles-mêmes ont cette attitude similaire. Madame Steerforth accuse Emily de s'enfuir avec son fils pour accéder à un meilleur statut social (on peut traduire aussi par devenir sa fille) et le mariage de David avec Agnès permettrait à celle-ci de devenir la fille de Miss Trotwood. Il est par ailleurs évident que les noces de Rosa avec Steerfoth permettrait à celle-ci de passer du statut de parente pauvre-domestique à celui de fille.
LA PLACE DU FILS : VOIE D’ACCES VERS LE PERE
Quelques soient les motivations, il est étonnant que tout mariage permette aux garçons d'acquérir un père et aux fiIles (dans une moindre mesure), une mère. Cette structure se répète trop souvent pour qu'elle soit fortuite. Après l'avoir définie, nous allons essayer de donner une explication qui n'a bien sûr valeur que d'interprétation, d'une lecture possible parmi beaucoup d'autres.
Les protagonistes masculins sont presque tous orphelins de père et en acquérir un par l'intermédiaire d'un mariage pourrait n'être qu'une réaction psychologique, mais pourquoi Dickens a-t-il privilégié le statut d'orphelin dans son oeuvre? Quel rapport avec les images du MaI incarné par Murdstone, Uriah et Steerforth?
Le père par excellence, nous l'avons vu, est celui de David et tout comme le beau-père de ce dernier est la figure du diable, le neveu de Miss Trotwood est celle de Dieu le Père. Après le péché originel, la vie humaine n'est que tentatives pour revenir vers le Père, tentatives nostalgiques de retrouver la communion avec Dieu de l'état adamique. Chaque personnage essaie de devenir fils par un mariage et ceci rappelle que les noces de l'Eglise et donc de tout homme avec le Christ permettent de devenir fils adoptif de Dieu.
Ce statut d'enfant de Dieu est la finalité de tout être humain sans distinction de sexe. Mais dans le roman, le mariage et l'adoption qui en résulte ont une signification différente pour les personnages féminins. Si EmiIy semble motivée par un désir de promotion sociale et un amour d'enfance pour David (Steerforth étant aimé par procuration), si d'après Rosa, madame Steerforth est un personnage encore plus orgueilleux que son fils (notes 48), les cas de la tante Betsy et d'Agnès se démarquent de ces stéréotypes et échappent à une analyse purement psychologique: Agnès ne se résume peut-être pas à une allégorie de la douceur et Miss Trotwood, à une vieille anglaise farfelue.
AGNES ET MISS BETSY : FEE ET SORCIERE
Bien que fille adorée, Agnès ne prend pas ses repas avec son père et David (note 49). Cette désincarnation est accentuée par la comparaison (peut-être pas aussi banale qu'il y paraît) de la jeune fille avec un ange et son rôle auprès de David. Page 305, "Agnès , ma douce sœur, comme je l'appelle en moi-même, ma conseillère, mon amie, le bon Ange de tous ceux qui subissent son influence si calme, si bonne, si généreuse... " (note 50) et page 679, "...vous sembliez être son ange gardien aussi bien que le mien [parlant de Dora]; et vous l'êtes toujours, Agnès. /-Un pauvre ange, répondit-elle, mais fidèle. " (note 51 ). Dora lui demandera d'ailleurs de veiller sur David. Ce dernier ne voit en son amie d'enfance qu'un témoin, jamais un acteur de la vie, encore moins de la sienne: page 313, "Chaque fois que j'aurai des ennuis, ou que je serai amoureux, je vous le dirai..."(note 52). Est-ce aveuglement de la part du narrateur ou abnégation amoureuse de celle de sa future femme? Ce qui ressort de ces citations au vocabulaire un peu désuet est qu'Agnès est un personnage hors de la vie, qu'elle ne peut jouer un rôle dans l'existence de David, parce qu'elle n'appartient pas à ce monde. N'est-ce qu'un stéréotype de la femme effacée laissant aux hommes les aventures de la vie publique, pour ne pas dire de la vie tout court? Cette hypothèse est démentie par son travail d'institutrice, mais également par le rapprochement avec un autre personnage décrit aussi comme hors du monde, mais nullement effacée.
Dès les premières pages du roman, Miss Betsy est décrite comme fort étrange. L'adjectif "strange" est utilisé deux fois dans le premier chapitre, puis la qualification se précise avec la comparaison " comme une fée mécontente, ou comme l'un de ces êtres surnaturels... " page 17 (note 53) pour se conclure avec ce qui peut être considéré comme une définition. Page 18 ". . .mais Betsey Trotwood Copperfield était à jamais au pays de songes et des ombres, dans cette région mystérieuse d'où je venais..." ("Betsey Trotwood Coperfield was for ever in the land of dreams and shadows, the tremendous region whence I had so lately travelled" ) . Personnage dit "surnaturel ", la tante est-elle seulement victime de l'image négative transmise par Ia mère de David? Certes Peggotty conseille à David de se tourner vers sa tante lorsque sa mère mourra. Mais les marins interrogés par David lorsqu'il cherche l'adresse de Miss Trotwood confirme Ia vision de sa mère. Page 216 "L'un me dit qu'elle demeurait dans le phare du Cap-Sud et qu'elle y avait roussi ses moustaches; un autre, qu'elle était attachée à la grande bouée hors du port et qu'on ne pouvait aller la voir qu'à marée descendante; un troisième, qu'elle était enfermée dans la prison de Maidstone pour avoir volé des enfants, un quatrième, que, lors du dernier coup de vent, on l'avait vue monter sur un balai et filer vers Calais. " (note 54). Miss Trotwood est donc considérée plutôt comme une sorcière qu'on ne peut rejoindre qu'en traversant de l'eau.
La suite du roman affirmera sa gentillesse et sa générosité, sans véritablement expliquer certains traits de caractère farfelus: l'obsession des ânes et sa quasi haine des garçons. Son refus des ânes, mais également de leurs propriétaires, dans son jardin, pourrait n'être qu'une douce folie, s’il n'était renforcé par le fait que David n'habitera jamais chez elle (hors les vacances), mais chez Monsieur Wickfield et qu'elle ne viendra pas résider chez Dora même pour l'aider à tenir sa maison, mais acceptera de vivre chez Agnès. Le seul être ayant la permission de résider chez Ia tante du narrateur est monsieur Dick que sa folie rend à moitié surnaturel. Le jardin, comme la maison, serait donc un lieu où les êtres ordinaires ne peuvent demeurer. Si l'on récapitule les informations que nous avons sur Tante Betsey, nous avons un être surnaturel assimilé aux sorcières habitant dans un jardin presque interdit. Ces indications peuvent faire penser à Avalon, aux fées ou aux sorcières de l'île sacrée (selon l'interprétation que l'on préférera). Cette dernière est représentée comme un verger de pommiers interdit au commun des mortels et nous savons que le lieu de l'ancien culte celte s'est transformé dans l'imaginaire de la société, sous l'hostilité chrétienne, en un endroit où résident des êtres humains mauvais, puis des êtres surnaturels tout aussi mauvais: les sorcières, les elfes dans une certaine mesure...
Cette interprétation est confirmée par le refus des garçons par la tante du narrateur qui prendra une autre forme lors de l'adoption de David. En lui donnant son propre nom, elle s'inscrit dans une tradition matriarcale (elle-même a repris son nom de jeune fille après sa séparation). Seul Uriah Heep appellera encore le narrateur "Copperfield".
Le fait qu'avec sa grand-tante (image du culte celtique) David retrouve sa famille paternelle ( image du Dieu-Père des chrétiens) montre que le roman ne se situe plus dans l'opposition Dieu-père/déesse-mère, christianisme contre premières religions, mais dans une dialectique Bien/Mal. Le roman prend ses racines au-delà des luttes de religions de l'Angleterre primitive, dans un univers symbolique où une faute originelle fait de l'existence une lutte contre le MaI et un parcours initiatique. Agnès appartient comme Miss Betsey à cet imaginaire et permettra à David de retrouver sa vraie finalité: aller au Père en tendant vers le Bien, en retrouvant sa dignité d'homme et en rejetant ces usurpateurs de la paternité dont son beau-père est le meilleur représentant. Cet état d'orphelin et cette confrontation avec de multiples substituts paternels est le destin d'un autre héros de Ch. Dickens: Pip des Grandes espérances
David Copperfield
19 ) L'édition anglaise est Wordsworth classics; la traduction est tirée de celle de la Pléiade.
20) p.188 "She marries a second time --goes and marries a Murderer. . . "
21) p.32-3 "The ragged nests, so long deserted by the rooks, were gone; and the trees were lopped and topped out of their remenbered shapes. The garden had run wild, and half the windows of the house were shut up. It was occupied, but only by a poor lunatic gentleman, and the people who took care of him. "
22) p.2O3 "...you must begin to train her, must you? begin to break her, like a poor caged bird, and wear her deluded 1ife away, in teaching her to sing your notes?"
23) 9.796 " Mr. Murdstone sets up an image of himself, and calls it the Divine Nature. "
24) p.13
25) p.41 "...for the empty dog-kennel was filled up with a great dog-deep mouthed and black-haired Iike Him -and he was angry at the sight of me, and spany out to get at me. "
26) p.46 "Almost the first remarquable thing I observed in Miss Murdstone was, her being constantly haunted by a suspension that the servants had a man secreted somewhere on the premises. Under the influence of this delusion, she dived into the coal-ceIlar at the most intimely hours, and scarcely ever opened the door of a dark cupboard without clapping it to again, in the belief that she had got him.
27) p.278-9 "That sort of people. Are they really animals and dods and beings of another order? [...] "why, there's a pretty wide separation between them and us, "said Steerforth, with indifference. "They are not to be expect to be as sensitive as we are. Their delicacy is not to be shocked, or hurt very easily."[Rosa répond]"It's such a delight to know that, when they suffer, they don't feel!"
28) p.281 "My son's high's hight spirit made it desirable that he should be placed with some man who felt its superiority and would be content to bow himself before it. "
29) p.304-5 "David, I whish to God I had had a judicious father these last twenty years [... ] I whish with all my soul I had been better guided! [... ] but I tell you, my good feIIow, once more, that it would have been well for me (and for more than me) if I had had a steadfast and judicious father ! "
30) p.142 "I was not actively ill-used. I was not beaten, or starved; but the wrong that was done to me had no interwals of relenting, and was done in a systematic, passionless manner.
Day after day, week after week, month after month, I was coldly neglected. "
31) p.88 "He's as like Caïn before he was grown up, as he can be. "
32) p.363 "...and oppressed me with a leaden dread, as if I had some meaner quality of devil for a lodger. "
33 ) p.360 " . . as I saw his crafty face, with the appropriately red light of the fire upon it."
p.358 "...as if I had seen him illuminated by a blaze of Iight. "
34) p.208 "...that tinge of red which is sometimes to be observed in the skins of red-haired people. It belonged to a red-haired person [...] and eyes of a re-brown... "?
35) p.211 '...his sleepless eyes would come below the writing, like two red suns [... ] and whenever I looked towards those two red suns, I was sure to find them, either just riding or just setting. "
36) p.208 "...who had hardly any eyebrows, and no eyelashes, and eyes of a red brown, so unsheltered and unshaded... "
37) p.222 "...that his lank forefinger followed up every line as he read, and made clammy tracks along the page (or so I fully believed) like a snail. "
". . . I observed that he had not such a thing as a smile about him..."
38) p.357 "...a snaky undulation pervading his frame from his chin to his boots... "
39) p.357 "...and really his damp cold hand felt so like a frog in mine. . . "
"p.360 "...and gave himself a jerk, a convulsive fish..."
40) p.364 '...Iike a geat vulture..."
p.489 "If I had seen an Àpe taking command of a Man..."
41) p.208 "...a cadaverous face [...] It was quite as cadaverous [... ] and a long, lank, skeleton hand... "
42) p.214 "But [...] what a clammy hand it was! as ghostly to the touch as to the sight! I rubbed mine afterwards to warm it,'and to rub his off "'
43) p.208 "...a youth of fifteen..." et p.223 "I have been with him on fours years [... ] How much have I to be thankful for, in Mr.Wickfield's kind intention to give me my articles... "
" Perhaps you' ll be a partner in Mr . Wickfield's business, one of these days, 'I said, to make myself agreeable, 'and it will be Wickfield and Heep, or Heep late Wickfield."
44) p.548, Uriah à Mr Wickfield: "If I say I've an ambition to make your Àgnès, I have as good as right to it as another man. I have a better right to it than any other man. "
45) p.2O9 ‘I believe I was turning in search of Uriah's picture.
46) p.208 "[The portrait] of a gentleman [...] who was Iooking over some papers tied together with red tape"
47) p.233 "...and something cheny-coloured in his hand...’’à propos de Jack Maldone.
"You have lost a bow. Will anybody be so good as fin a ribbon, a cheny-coloured ribbon?"
48) p.762 ". . . is your pride appeased, you mad woman. Now has he made atonement to you -with his life! "
p.763 ‘’...proud mother of a proud false son! Moan for your nurture of him, moan for your corruption of him... "
49 ) p .212 " By five o'clock, which was Mr. Wickfield's dinner hour, I had mustered up my spirits again, and was ready for my knife and fork. The cloth was only laid for us two; but Agnes was waiting in the drawing-room before dinner, went dow with her father,and sat opposite to him at table. I doubted whether he could have dine without her. "
50) p.255 "Àgnes, my sweet sister, as I call her in my toughts,my counsellor and friend, the better angel of the lives of fall who come within her calm, good, self denying influence. . . "
51 ) p.582’ ".. .you seemed to be no less her gardian angel than mine' [dit David]. "À poor angel" she returned, "but faithful "’
52) p.262 "Whenever I fall into trouble, or fall in love, I shall always tell you. . . "
53 ) p.12 ". . .like one of those supernatural beings. . . "
54) p.L79 ". . .the man [. . . ] had singed her wiskers by doing so; another, that she was made fast to the great buoy outside the harbour, and could only visited at half-tide; a third, that she was locked up in Maidstone Jail for child-stealing; a fourth that she was seen to mount a broom, in the last highwind, and make direct to Calais. "
LES GRANDES ESPERANCES
ou
LES NOCES INTERDITES
Nous retrouvons dans ce roman ultérieur de Dickens la problématique du père avec de multiples images paternelles dont aucune n'est satisfaisante. Mais la nouveauté du roman réside dans l'apparition d'une figure féminine ayant une réelle épaisseur et iconoclaste par rapport à l’idée de la femme véhiculée à l'époque victorienne.
"Vous n'aurez qu'un seul Père"
La multiplicité des figures paternelles semblent les affadir. En effet Pip est seul et le reste jusqu'à la fin, son éducation se fait au hasard des aléas de la vie. Si aucune des images tutélaires qui l'entourent n'est foncièrement mauvaise, aucune ne peut l'aider à la construction de sa personnalité.
PHILIPPE , L’ABSENT
Nous ne savons rien du vrai père du héros et même le prénom de celui-ci n'est mentionné qu'au milieu et à la fin du roman. L'ouvrage débute sur une tombe sans prénom et se termine par l'évocation de cette dernière, cette fois, avec le prénom du père. Symboliquement cela pourrait signifier comme dans les autres romans le retour au père. Mais celui-ci est caricatural, car, d'une part, nous ne savons rien de plus du géniteur de Pip et, d'autre part, les deux figures qui le remplacent (Joe et Ie forçat) ont montré leur incapacité à tenir ce rôle. Commençons par le beau-frère.
JOE , l’IRRESPONSABLE
Joe a les caractéristiques du père adoptif. Outre son prénom (qui évoque saint Joseph), iI subvient aux besoins de Pip, le loge, le nourrit, le soignera à Londres, lui apprendra, comme dans les Evangiles, un métier manuel. Après la mort de sa sœur, les retrouvailles avec Joe seront symbolisées par un retour dans son ancienne chambre (au lieu de loger à l'hôtel). A la fin du roman, Pip a l'impression d'être l'enfant de Joe, mais son désir d'être le fils adoptif est-il justifié par l'attitude de son beau-frère? Joe est, dès les premières pages du roman, décrit comme un autre enfant. Il n'exerce aucune autorité, voire aucune responsabilité dans sa propre maison. D'autre part, s'il manifeste une compassion certaine vis-à-vis des mauvais traitements subis par Pip de la part de sa sœur, jamais il n'intervient en sa faveur.
Enfin la fin du roman peut s'apparenter du point de vue de Pip au retour de l'enfant prodigue, mais la parabole ne fonctionne pas, puisque, déçu peut-être par l'éloignement de son beau-frère, Joe l'a remplacé par son propre fils. Le fait que Biddy et le forgeron aient eu un enfant qui ressemble, contre toute vraisemblance, trait pour trait au narrateur et qui porte son nom montre que l'artisan a voulu fonder une nouvelle lignée. Celle-ci enlève au héros son statut de fils adoptif et dans l'économie des romans de Dickens, cela lui ôte également son identité. Pip s'en rend d'ailleurs compte intuitivement, puisqu'il demande qu'on lui confie l'enfant, soit définitivement, soit ponctuellement: "...il faudra que vous me donniez Pip un de ces jours, ou qu'au moins vous me le prêtiez." p.1468 (Notes 55 et56)
Etrange demande qui ne peut être justifiée que par le désir de Pip de retrouver sa place de fils de Joe en devenant lui-même le père de l'enfant. La famille se réorganiserait suivant le schéma auquel le narrateur avait un moment songé par dépit: le grand-père Joe - le père Pip - le fils: l'enfant de Joe et Biddy devenant le fils adoptif du narrateur. Contrairement à David Copperfield, on ne devient pas fils en se mariant avec la fille du père désiré, mais en se glissant entre deux générations. De même, il n'est pas nécessaire de tuer le rival, comme dans Oliver Twist, pour garder sa place de fils unique, il suffit de le faire descendre d'une génération. Il est d'ailleurs révélateur que la petite fille n'entre pas dans les projets de Pip et n'est pas prise en compte dans la structure. Le désintérêt de Joe vis-à-vis de Pip a une portée limitée, car le forgeron ne supporte pas seul l' image paternelle.
MAGWITCH, LE PROPRIETAIRE
Si le père est celui qui transmet un héritage, le forçat est celui de Pip. Il lui permettra de changer de classe sociale, de découvrir un autre monde que celui de son village. Mais si l'on considère les bienfaits de cet apport d'argent, on peut s'interroger sur son opportunité. Pip dépensera sans compter, à la limite de ses possibilités, et il entraînera Herbert dans cette dilapidation. Ce dernier ne pourra économiser pour s'installer. En même temps ces dépenses ne leur apportent que peu de joie (note 57). A la fin du roman, sa fortune n'aura servi qu'à compenser en partie les dépenses fastueuses que son camarade n'aurait pas fait sans lui. Pip aura le bénéfice d'une certaine éducation, mais on peut se demander si elle est supérieure à celle de Biddy, bien que celle-ci fût moins à Ia mode. L'"héritage" transmis par Magwitch se révèIe donc autant un handicap qu'un bienfait. Pourtant le narrateur finira par ressentir une certaine affection pour le forçat. Tout en refusant son argent, il l'aidera à fuir, car il sera touché par les sentiments que lui porte son protecteur.
Mais, bien que celui-ci affirme, p.268 (Note 58): "Voyez, Pip, je suis votre second père, -vous êtes mon fils, -plus qu'un fils pour moi ! ", on peut douter de l'authenticité de son affection. En effet cette déclaration sincère peut troubler un orphelin maltraité par sa sœur/tutrice, mais le mot "père" n'a pas le même sens dans la bouche d'Abel que dans la pensée de Pip. Pour le forçat, le père n'est pas celui qui éduque, qui permet d'accéder à la liberté d'une vie d'adulte, mais c'est un fabriquant, propriétaire de ce qu'il a produit. P.270 (note 59) "Vous tous, vous possédez des toupeaux et de la terre. Qui de vous possède un gentleman élevé à Londres?" rétorque-t-il imaginairement aux autres éleveurs et p.278 (note 60): ‘’Il m'examina de l'air admiratif d'un propriétaire...". Sa conception des liens qui l'unissent à Pip est l'inverse de la paternité: ce n'est pas ouvrir un être à la liberté et à la responsabilité, mais s'offrir un jouet de luxe.
D'autre part, si Pip éprouve une certaine affection vis-à-vis de son bienfaiteur, c'est également qu'il est une victime plus qu'un criminel, comme son identité: Abel, le berger de la Genèse , l'indique. Victime tout d'abord de la société, il est une de ces figures d'enfants voués à une autonomie prématurée qui peuplent les romans de Dickens. Ne commet-il pas son premier forfait, du fait de l'abandon de son père emportant un feu aussi symbolique que réel? p.288 (note 61 ).
Mais il est surtout a victime d'un autre homme: Compeyson. Tout le mal du roman provient de ce personnage qui manipule ses acolytes pour effectuer ses forfaits et leur en faire porter la responsabilité. Magwitch avoue qu'il était devenu "son nègre et son esclave" p.291 (note 62) et Arthur est décrit "à son déclin : ‘’on aurait cru voir une ombre" p29O (note 63 ) . L'infuence que Compeyson a préalablement exercée sur Magwitch peut être rendue en partie responsable des rapports maître-objet qu'il instaure avec son protégé. Le forçat reproduisant avec ce dernier les relations qu'il entretient avec son chef: celles d'une marionnette avec son manipulateur. Compeyson fait partie de ces figures diaboliques, comme Murdstone ou le Monk, qui incarnent le Mal absolu et n'ont ni circonstances atténuantes, ni faiblesses qui puissent expliquer leur volonté tournée définitivement vers le Mal. Si l'on attribue à Compeyson les caractéristiques du diable, il est singulier qu'il ne s'attaque pas à Pip: l'image du Fils, "l'héritier". Mais l'est-il vraiment?
PIP, L‘ORPHELIN
Toutes les figures paternelles ont un rapport avec le marais, qui, dans l'imaginaire occidental, représente un milieu qui distille un mal latent, une souillure. Orlick habite dans les marécages, les forçats y sont gardés prisonniers et Joe, bien qu'habitant sur la terre ferme, réside à proximité. Même le cimetière où repose le père de Pip se trouve dans les marais. Placer l'Eglise dans les marécages est certes étonnant, mais signifie surtout que l'Humanité toute entière oscille entre le Bien et le Mal, avec apparemment une tendance vers ce dernier dans cet ouvrage. Les figures paternelles n'ayant aucun lien avec le Père, Pip ne peut être ni un héritier, ni un fils.
D'ailleurs le héros ne retrouve pas ses origines à la fin du livre. Ceci est d'autant plus mis en relief que le lecteur saura qui sont les parents d'Estelle sans qu'elle-même ne l'apprenne. Cette découverte paraît presque une parodie de la quête d'identité qui caractérise les deux premiers romans. Les circonstances de la connaissance des origines d'Estelle paraissent encore plus improbables que celles des ouvrages précédents. En effet la mère de la jeune femme se trouve mêlée à une intrigue qui ne la concerne que de très loin.Cela rappelle les comédies du théâtre classique où une série de retrouvailles rocambolesques permet le mariage final . Cette légèreté vis-à-vis d'un thème fondamental dans les autres romans indique peut-être simplement que le propos de l'ouvrage n'est pas la quête des origines et même que Pip en est certes le héros, mais tient également le rôle de simple témoin. En effet si Compeyson, figure diabolique, s'attaque à Miss Havisham et non à Pip, c'est sans doute que le combat qu'il a engagé contre le père , son adversaire , se cache , non dans l'aventure du héros, mais dans celle de la protectrice d’Estelle .
MISS HAVISHAM , L’ETERNELLE FIANCEE
Pourquoi le nœud de l'intrigue réside t il dans des faits passés de nombreuses années ? Pourquoi la plupart des personnages (même Orlik) se trouve-t-elle liée à Miss Havisham ? L'histoire sentimentale de cette dernière nous semble d'autant plus anecdotique qu'il s'avère que la riche héritière n'est nullement la protectrice de Pip et que les origines d’Estelle n'ont aucun rapport avec l'intérêt qu'elle lui porte . Les deux autres romans nous ont appris à rechercher un lien plus proche entre protectrice et protégés . Or Miss Havisham n'a aucune parenté avec les deux enfants . Mais elle pourrait devenir une image maternelle (n'oublions pas que Estelle porte son nom) , si elle n'incarnait une éternelle fiancée . Tout comme la première épouse de David Copperfield , elle est une riche héritière qui apportera à son mari une réelle fortune. Mais elle se trouve escroquée et surtout abandonnée le jour de ses noces par son fiancé : un ami de son demi-frère. Nous retrouvons le thème du mauvais frère d'Oliver Twist , mais ce dernier cache le véritable instigateur : le futur marié. Le thème du frère ennemi a laissé la place à celui du mariage. De même la brasserie abandonnée rappelle la maison se dégradant au début de David Copperfield . Ainsi si l'on reprend le schéma des autres romans, nous retrouvons un être , figure diabolique, associé à un membre de la famille qui essaie d'accaparer un héritage par la voix du mariage . Si Compeyson est la figure du diable (n.64) qui est représenté par Miss Havisham? Qui est celle qui s'est fiée à l'ange déchu et s'est retrouvée dans un état psychologiquement misérable.
Cela ne peut être que I'Humanité au lendemain du péché originel. Etant donné que les hommes entrent à nouveau en communion avec le Père par les noces avec le Christ, pourquoi Dickens n'utiliserait-il pas ce symbole des épousailles pour signifier les promesses du serpent? Ce thème du mariage reprend la finalité de l'EgIise et de tout homme de devenir l'Epouse attendant l'Epoux. Caricaturant chaque point du plan du Salut, Satan pourrait "singer" un impossible mariage avec l'Humanité (les sorcières sont d'ailleurs accusées d'être la femme du diable). Mais tout comme Compeyson, il ne peut épouser l'Eglise et est obligé de l'abandonner. Cette usurpation de la fonction de l'Epoux doit rester dans l'ordre du projet. Est-ce que les hommes ne sont-ils pas restés fixés au traumatisme de la Chute, tout comme Miss Havisham à l'heure de son abandon? N'ont-ils pas perdu la maîtrise de la gestion de la terre, de leur propre existence avec la suppression de l'état adamique, tout comme la jeune héritière, la maîtrise de sa fabrique et de son destin? Ne rêvent-ils pas nostalgiquement de retour au jardin d'Eden, tout comme la protectrice d'Estelle aux jours heureux de ses fiançailles? Tout comme elle, ils ne se rendent pas compte que l'héritage est intact et que, malgré les apparences, ils ont depuis la rédemption acquis une plus belle finalité: enfants adoptifs du Père. La grande fortune des Havisham peut être considérée comme le symbole de cette qualité d'enfants de Dieu que tout homme possède, mais qu'il ne perçoit que dans la foi. Tant que Miss Havisham ne dépassera pas sa parodie de mariage avec Compeyson, elle ne parviendra à accepter le mariage ni de Biddy, ni d’Estelle. Tout comme l'Humanité ne peut accéder aux noces de l'agneau, tant qu'elle confond Dieu et le diable, tant qu'elle regardera vers la Chute et non vers sa rédemption.
Great Expectations
55) L'édition anglaise est The Penguin English Library 1965; Ia traduction est issue de Robert Laffont Bouquins
56 ) p.490 ". . .you must give Pip to me, one of these days; or lend him, at all events."
57) p.294 "There was a gay fiction among us that we were constantly enjoying ourselves, and a skeleton truth that we never did.’’
58) p.337 "I'm your second father. You're my son -more to me nor any son. "
59) p.339 "All on you owns stock and land; which on yours owns a brought-up London gentleman. "
60) p.348 "...and surveyed me with an air of admiring proprietorship. . . "
61) p.360 "Summun had run away from me -a man- a tinker-and he took the fire with him, and left me very cold. "
62) p.364 "...that that man got me into such nets as made me his black slave. "
63) p.362 "He was in a Decline, and was a shadow to look at. ’’
64) p.362 "He'd no more heart than a iron file, he was as cold as death, and he was the head of the Devil afore me